Les films programmés

Hommages

Xavier Beauvois

Après Des hommes et des dieux, le cinéaste que Jean Douchet annonçait comme un héritier de Jean Renoir ou Maurice Pialat sera à La Rochelle pour présenter l’intégrale de ses films dont le superbe Albatros, en avant-première, le 27 juin.

« Dans la descendance de Jean Renoir, de Maurice Pialat, c’est un cinéaste de la réalité, et il n’est pas prêt à sourire du réel. Pour l’instant, il faut qu’il s’affronte, plutôt que faire l’effronté. » (Jean Douchet)
« Écorché vif, Xavier n’est jamais triste, mais souvent désespéré. » (Sylvie Pialat)
« On trouve la beauté au même endroit. C’est un chasseur, un viseur, il a quelque chose d’archaïque, il sait d’instinct ce qui fera cinéma. » (Caroline Champetier)
« Un film, c’est un être humain, il faut l’écouter. » (Xavier Beauvois)

Cités par Pascale Nivelle, « Xavier Beauvois, cinéaste d’art et d’excès », Le Monde, 3 décembre 2017

Joana Hadjithomas & Khalil Joreige

L’œuvre hybride, riche et multiforme des artistes libanais Joana Hadjithomas et Khalil Joreige questionne aussi bien la fabrication des images que l’histoire politique de leur pays. Ils viendront présenter, entres autres, leur dernier film, Memory Box, en avant-première.

« Joana Hadjithomas et Khalil Joreige commencent à créer […] aux lendemains de la guerre civile qui a ravagé le Liban. Ce pays en ruines, et particulièrement Beyrouth sa capitale cosmopolite, sont au centre de leurs regards et à l’origine d’une volonté de témoigner d’un présent inquiet, en pleine reconstruction. […] Ils se font aussi poètes par l’articulation de leur intimité, de leurs histoires propres, et par l’affirmation de leur subjectivité sur le monde, soumise à une nécessaire interrogation. Le regard doit alors s’adapter. […] Il est aussi toujours tendu vers l’autre pour créer un dialogue salvateur. Leur pratique est faite des croisements entre les cultures et les langues, entre le documentaire et la fiction, entre l’art et le cinéma. Comme une manière d’être sur tous les fronts pour révéler l’invisible. »

Mathieu Champalaune et Erwan Floch’lay, Répliques, n° 14, janvier 2021

Radu Jude

Figure incontournable du nouveau cinéma européen, Radu Jude, dont le dernier film Bad Luck Banging or Loony Porn a remporté l’Ours d’or à la Berlinale 2021, nous présentera l’intégrale de sa filmographie oscillant entre fiction et documentaire.

« Il y a une anecdote selon laquelle Roberto Rossellini, ayant vu le dernier film de Chaplin qui n’était pas considéré très bon, aurait déclaré : “C’est le film d’un homme libre.” C’est le plus grand des compliments, bien plus que de dire qu’un film est parfait, ou intelligent. Je serais heureux qu’on dise ça de moi. »

Radu Jude, propos recueillis par Luc Chessel et Élisabeth Franck-Dumas, Libération, 7 mars 2021

Gabriel Yared

Avec les magnifiques partitions du Patient anglais, du Talentueux Mr Ripley d’Anthony Minghella, ou encore d’Adieu Bonaparte de Youssef Chahine, ce compositeur cosmopolite a acquis une renommée internationale.

« L’antre du créateur est à l’image de sa création. Chez le compositeur Gabriel Yared, […] statuettes asiatiques, partitions par milliers et livres de philosophie […], l’Orient, la musique savante occidentale et un goût marqué pour l’introspection méditative. Autant d’objets qui font écho à la centaine de musiques de films que ce natif de Beyrouth a signées en cinquante ans de carrière. À leurs ambiances mystérieuses et veloutées. Leurs accords sourds. Leur lyrisme contenu. Leurs chatoiements très français – et aussi très “eighties” – dans les harmonies et les textures instrumentales, mais toujours irisés par les lueurs du Levant. »

Sébastien Porte, Télérama, 29 janvier 2021

Rétrospectives

Roberto Rossellini

« Pilier du néoréalisme, Roberto Rossellini dont la vie et l’œuvre embrassent le cours tumultueux du XXe siècle, est l’homme qui, par un sens sans faille de l’actualité historique, fit basculer le cinéma dans une nouvelle ère. Sorti du désastre de la Seconde Guerre mondiale, le cinéma de Rossellini ne cessera d’interroger ses retombées traumatiques et ses apories morales sur l’autre moitié d’un siècle désaffecté. […] Rossellini entraîne la mise en scène dans des voies résolument non formalistes, mais en prise directe avec les choses, posant sur elles un regard expurgé de fioritures comme du moindre effet de signature. […] Jusqu’au bout, Rossellini sera resté un grand éducateur. »

Mathieu Macheret pour l’ADRC

Roberto Gavaldón

Surnommé le « roi du mélodrame », il est l’un des pionniers de l’âge d’or du cinéma mexicain. Ses personnages tourmentés en proie aux sentiments les plus ardents allant jusqu’à l’obsession et la révolte, et son style inspiré du film noir américain en font un grand peintre de la passion.

« Le maître incontestable du mélodrame. […] On peut invoquer des dizaines d’influences, surtout celles des grands cinéastes de Hollywood, mais il a avant tout exigé la meilleure qualité dans ses réalisations. Ses mélodrames sont parfaits, spectaculaires, intenses et pleins d’humour. […] Le cinéma le plus fin des années quarante et du début des années cinquante, très marqué par des préoccupations d’ordre social dans le traitement de ses sujets : […] le territoire perdu de l’enfance ; […] une curiosité croissante pour le phénomène de l’altérité ; […] enfin, une obsession marquée pour la mort. […] On pourrait dire que Roberto Gavaldón est un réalisateur obsessionnel qui se répète, qui ne cesse de parcourir les mêmes chemins, toujours à la recherche de nouvelles traces d’une même présence, la sienne. »

Le Cinéma mexicain, sous la direction de Paula Antonio Paranagua, Collection Cinéma/pluriel, Centre Georges-Pompidou

René Clément

Célèbre pour Jeux interdits et Plein Soleil et souvent présenté dans la presse italienne comme « le Rossellini français », ce cinéaste novateur a fait tourner les plus grands acteurs de son époque (Alain Delon, Jane Fonda, Jean Gabin, etc.). Son œuvre est à redécouvrir avec notamment la copie restaurée du Jour et l’heure avec Simone Signoret ou Monsieur Ripois avec Gérard Philipe.

« Il y a un mystère René Clément : autour d’une œuvre qui compte parmi les plus marquantes du cinéma français de l’après-guerre, il s’est établi un consensus respectueux mais silencieux – se fondant sur l’idée, admise une fois pour toutes, qu’il s’agissait d’un grand artisan certes, mais pas d’un auteur. […] Il est vrai qu’il était alors célébré, non sans malentendu, comme le pape d’un “néo-réalisme à la française”. […] Pris au piège de la lucidité dont il cernait ses créatures, René Clément aura cependant été un auteur, et des plus brillants. »

Noël Herpe, « Le mystère René Clément », Cycle René Clément à la Cinémathèque française, juin 2013

Maurice Pialat

Après la présentation en 2005 de La Maison des bois et des courts métrages de Maurice Pialat, le Fema présente les 10 longs métrages, tous restaurés, de ce cinéaste inclassable, peintre de l’enfance, la jeunesse ou l’amour, chez qui la quête obstinée de la vérité humaine à la fois douloureuse et miraculeuse a bien souvent atteint la grâce.

« C’est en se battant perpétuellement contre lui-même et contre les autres, en colère, que [Maurice Pialat] va cheminer dans sa vie et dans ses films, qu’il va bâtir une œuvre incomparable d’épaisseur et de vérité humaine, dont quasiment chaque plan pèse des kilotonnes de matière vitale. Alors oui il rudoyait ses collaborateurs, houspillait ses comédiens, rendait chèvre ses assistants, cassait la routine des tournages, bannissait le concept de “plan de travail”, mais il en extrayait un jus humain et filmique d’une saveur et d’une intensité uniques. »

William Karel

 

Le cinéma muet

L'Enfance dans tous ses états

Les enfants chez Gaumont et Pathé dans les années 1910

« Si vous souhaitez que vos films aient du succès, conseillait Louis Feuillade aux aspirants cinématographistes des années 1910, n’omettez jamais d’y faire jouer des animaux et des enfants. » Et, tout le premier, Feuillade propulsa au vedettariat de très jeunes enfants : Bébé Abelard et Bout-de-Zan Poyen. Au sein de la firme au coq, de nombreux adolescents furent, contrairement aux jeunes clowns de la firme à la marguerite, victimes de mauvais traitements et de destins tragiques. La mode était lancée, elle se poursuivra jusqu’à nos jours et fera de très jeunes interprètes d’inoubliables héros de notre cinéma national : Jean Forest, Robert Lynen, Roberto Benzi, Jean-Pierre Léaud, Mehdi El Glaoui, Benoît Magimel et tant d’autres.

Deux créations ciné-concerts

Julie Roué et Simona Strungaru créent chacune une partition originale sur le film muet de 1917, Malombra de Carmine Gallone. Les deux créations sont jouées conjointement au Transilvania International Film Festival (Cluj – Roumanie) et au Festival La Rochelle Cinéma, coproducteurs de ces deux ciné-concerts.

Julie Roué est une compositrice touche-à-tout. Ayant abordé la musique par le piano puis la cornemuse irlandaise, la guitare et le chant, elle se forme aux métiers du son à l’ENS Louis-Lumière, puis étudie l’harmonie et l’orchestration au conservatoire du IXe arrondissement de Paris. Son langage musical emprunte à la musique classique, au jazz, à l’électro, aux musiques du monde ou à la musique expérimentale, tout en revendiquant une forte influence pop.
Elle écrit la musique de plus de 40 courts métrages et documentaires, et signe sa première bande originale de long métrage pour le film Jeune Femme de Léonor Serraille, Caméra d’or du Festival de Cannes en 2017. Plus récemment, elle est la compositrice des bandes originales de Perdrix d’Erwan Le Duc (Quinzaine des Réalisateurs 2019), du film VR The Key de Céline Tricart, et de la série HP réalisée par Émilie Noblet.
En marge de son travail pour le cinéma, elle sort en février 2019 son premier album électro pop, About Luke.

Simona Strungaru est pianiste, chef d’orchestre, orchestratrice et compositrice de musiques de films. Elle finit ses études en 2010 au conservatoire d’Amsterdam. En tant que soliste, elle donne de nombreux concerts à travers l’Europe avec le Romanian Broadcasting Chamber Orchestra.
En tant que chef d’orchestre et orchestratrice, elle aborde différents styles musicaux. Elle dirige la première mondiale de l’opéra S.A.L.O. de Michael Karr en 2010
au Grand Theater Groningen (Pays-Bas). En 2013, elle dirige le Banat Fearmonica à Timisoara, un orchestre composé du Modern Jazz Balkan Orchestra ainsi qu’un orchestre symphonique au Blue Note Hall d’Amsterdam.
En 2014, elle signe la bande originale du film Fântana fermecata réalisé par Andrei Enoiu. Simona Strungaru est impliquée dans des projets éducatifs, en tant qu’artiste et programmatrice de Memo (Momenten Memorables – Amsterdam), professeur de piano et de musique à l’American International School de Bucarest.

Retour de flamme

Pour ce programme merveilleux dédié à l’enfance dans le prisme du cinéma – des premiers temps aux années 1930 – Serge Bromberg (comme toujours au piano) et l’équipe de Lobster ont préparé quelques découvertes passionnantes et des histoires à raconter. On y voit des films inouïs de 1904 découverts dans une échoppe à Amsterdam, des enfants pendant la guerre, Napoléon enfant (avec Abel Gance) comme vous ne l’avez jamais vu, Laurel et Hardy doublement partenaires, des films coloriés, des gamins partout… et quelques surprises déjantées et non-annoncées. Comme toujours !

D'hier à aujourd'hui

L’histoire du cinéma à travers des raretés et des films devenus classiques, restaurés ou réédités, présentés en avant-première.

L'essentiel de Michael Cimino

Le 02.07, date de la disparition du cinéaste en 2016, un « road trip » à travers l’Amérique du réalisateur légendaire Michael Cimino, en 3 films et le nouveau documentaire de Jean-Baptiste Thoret.

« Un monument du cinéma américain. […] Michael Cimino fut le temps de deux ou trois films un immense cinéaste travaillé par le classicisme américain, la modernité européenne et le romanesque russe, le digne descendant de John Ford, de Samuel Fuller, de Clint Eastwood, mais aussi de Visconti et Leone, l’égal de ses pairs générationnels Coppola, De Palma ou Scorsese. »

Serge Kaganski, Les Inrockuptibles, 3 juillet 2016

Une journée avec Sigourney Weaver

Reine de la science-fiction, androgyne et athlétique, indissociable de son personnage d’héroïne « badass » dans Alien, elle est aussi l’inoubliable femme d’affaires de la comédie romantique Working Girl.

« Je vois en Sigourney un être à la fois simple et infiniment complexe, et ce n’est pas pour rien si son registre de comédienne est si étendu. Elle est capable d’incroyables pitreries comme d’exprimer des situations tragiques avec une vérité hallucinante. Elle est fière — de cette fierté qui n’est que le respect de soi-même, non le désir banal d’épater autrui. Et en même temps, elle possède cette modestie qui lui permet de se juger sans complaisance. […] Elle est d’un courage extraordinaire, mais n’en fait jamais état, […] elle doute d’elle-même, […] elle est généreuse. […] C’est vrai, il faudrait inventer un nouveau mot pour désigner ce qui fait la spécificité de Sigourney Weaver. »

Jean Carrière, Sigourney Weaver : Portrait et itinéraire d’une femme accomplie, éd. de La Martinière, 1994

La Semaine a 60 ans !

Six réalisatrices révélées par la Semaine de la Critique pour célébrer les 60 ans de la section cannoise.

Animation : zoom sur le stop motion

La jeune création européenne

Carte blanche au Poitiers Film Festival

Le Poitiers Film Festival repère dans les écoles de cinéma le meilleur de la jeune création cinématographique. Il est attentif dans ses sélections à l’originalité des œuvres et aux propositions fortes et singulières. En témoignent ces 4 films d’animation en stop motion réalisés par des étudiants en cinéma qui ont déjà la maturité artistique des grands cinéastes.

Les courts pour enfants

Ici et ailleurs

Longs métrages

Nos coups de cœur de l’année en 38 films du monde entier, inédits ou présentés en avant-première.

En collaboration avec l’ACID, Artekino Festival, la Délégation générale du Québec à Paris et tous les distributeurs de films en avant-première.

Courts métrages

Courts pour enfants

Le festival toute l'année

Les courts métrages d’ateliers 2020/2021

Le Fema élargit, édition après édition, le champ de ses missions : activités pédagogiques à destination de tous les publics, accompagnement d’artistes. à travers de multiples collaborations, le festival contribue à la sensibilisation des jeunes spectateurs et offre un accès privilégié aux pratiques cinématographiques à travers différents dispositifs, s’adressant aussi bien aux étudiants en cinéma les plus naturellement concernés qu’à celles et ceux qui sont souvent éloignés de la culture. Il accueille cette année les réalisatrices et réalisateurs Diane Sara BouzgarrouAdrien CharmotNicolas HabasYannick LecoeurPerrine Michel et Frédéric Ramade pour des projets de courts métrages écrits et tournés dans l’agglomération rochelaise et au-delà.

Atelier ciné-concert du Conservatoire

Sous la direction de Sabrina Rivière, enseignante responsable du programme au Conservatoire de Musique et de Danse de La Rochelle

Depuis 2012, un atelier d’accompagnement pédagogique sur la musique appliquée à l’image, encadré par Sabrina Rivière, est proposé à une quinzaine d’étudiants musiciens du Conservatoire de Musique et de Danse de La Rochelle : de janvier à mars, avec un cours hebdomadaire, puis fin juin-début juillet, avec deux restitutions publiques du ciné-concert au festival et à l’Ehpad Fief-de-la-Mare de La Rochelle.

« La Grève des nourrices, burlesque et dynamique, renvoie vers une écriture traditionnelle nous faisant voyager entre le jazz et la musique de l’Est, avec un léger clin d’œil à l’esprit musical de Charlie Chaplin. Camp de vacances est un film muet qui traite de l’enfance, une période de la vie où s’effectue une succession ininterrompue et rapide de changements chez l’enfant. C’est pourquoi le Conservatoire de La Rochelle a souhaité utiliser une écriture contrapuntique s’inspirant de la couleur et de l’ambiance de la Symphonie n° 1 de Gustav Mahler, jouant à la fois sur le contraste rigide et militaire de plusieurs séquences qui rappellent certains plans du Jour le plus long de Darryl F. Zanuck (1962), et le jeu des modulations, avec une certaine légèreté et pureté dans la mélodie pour relater l’insouciance de l’enfant. » Sabrina Rivière