Badges
-
Micro-critiques
Niveau 2
-
Collectionneur
Niveau 3
-
Agenda personnalisé
Niveau 4
Niveau 2
Niveau 3
Niveau 4
Malgré le thème lourd, fort, rare, de filmer l’amour chez les sans abris, Carax mêle cela, avec une caméra super 8 donnant un plein de vie aux personnes par le grain spécial de l’image style documentaire, à une mise en scène hors norme, vertigineuse, grandiose, faisant de ce film un objet unique, marquant, culte pour des décennies et le chef-d’œuvre de son réalisateur. Vu au cinéma dans une version restaurée, ainsi, le jeu des couleurs, notamment sur le Pont-Neuf, ressort bien plus, l’impression de profondeur, d’expressivité, de grandeur n’en sont qu’améliorées.
Moretti mélange ici un rythme et montage soutenu avec des ambiances et émotions qui prennent le temps de rester, notamment via l’usage des musiques qui lient les scènes entre elles. Petit à petit, une tension commence à s’installer, à prendre de plus en plus de place, juste par un montage alterné entre les quatre différents membres de la famille, nous rendant doucement nostalgique de la scène de chant en voiture.
Laius utilise le même thème de l’orphelinat que dans son précédent film « jeux d’enfants », cette fois son axe de réflexion se porte, non plus vers la micro société et le passage à l’âge adulte, mais sur la fin d’une société en URSS par le prisme d’une femme sortie de prison retrouvant son enfant qu’elle avait abandonné. Le voyage se fait alors par les trains mais est aussi mental pour la mère, se rendant compte que la société (et son fils) a changé avec le temps, et surtout que s’accrocher coûte que coûte à un passé fantasmé est néfaste pour tous. Un magnifique film sur le passage, cette fois si, d’un état mental à un autre et d’une société à un nouvelle.
Malgré le fait que Mari déclare au début du film qu’elle n’est pas une enfant, « jeux d’enfants » est bien un récit du passage de l’adolescence à l’âge adulte. Leida Laius prend à revers le chemin classique du film d’orphelinat, en commençant par la fugue de Mari, pour ensuite rentrer dans le huis clos de l’établissement, peut-être moins hostile que l’extérieur. Étant donné le fait qu’elle soit toujours entourée de jeunes enfants, la mélancholie, détresse et tristesse de Mari n’est jamais tire larme ou tombant dans le pathos. Au contraire, elle évolue tout du long, à la fois mentalement mais aussi physiquement, avec comme point d’orgue une séquence à l’image jaunâtre des plus marquantes, seul moment où elle est réellement isolée. Laius signe ici un film à la réalisation remarquable, originale par les nombreux cadrages particuliers et notamment lors d’une séquence où deux personnages jouent ensemble, la caméra les suit, entre dans leur danse de manière chorégraphiée mais semblant improvisée, elle va à l’inverse des clichés sur ce genre de film et nous laisse apercevoir, sous fond de saxophone ou de guitare, tout son talent.
Une deuxième palme d'or qui fait débat sur son thème mais pas sur sa qualité
Dès 1987 la Norvège a interdit toute violence envers les enfants, qu’elles soient physiques ou psychologiques (en France c’est 2019). Alors, quand une famille traditionnelle catholique roumaine (la mère étant elle norvégienne) arrive dans un petit village entre deux montagnes, où tout le monde est voisin, les cultures s’entrechoquent bien plus violemment que l’ambiance calme et lente ne laisse supposer. Mungiu créé comme une distance pudique entre l’action principale et le spectateur, nous rendant le plus possible impartial, tout en jouant sur les ambiguïtés et doutes à la manière de « anatomie d’une chute ». On penche naturellement vers un parti, mais la présence en fond, dans de nombreux plans, de drapeau norvégien et le comportement de certains habitants, arrivent à nous faire remettre en question la stabilité des faits. « Fjord » est fait de très longues séquences de dialogues, sans jamais tomber dans le champ contre champ, nous laissant ressentir pleinement les émotions des personnages. Là où on comprend que c’est un grand film est lorsque, une fois fini, le spectateur n’ait pas l’impression d’être rassasié, qu’il n’a pas intégré toutes les nuances du films dès la première séance, distinguant alors les films intéressant des films à consommation unique, « fjord » fait bien entendu parti du premier cas, il semble prendre du temps pour être digéré, il ne l’est sûrement jamais complètement.