Rainer Werner Fassbinder

Cinéaste, Allemagne

Fils d’un médecin, Hellmuth Fassbinder, et d’une traductrice, Liselotte Eder, née Pempeit (dite aussi Lilo Pempeit) (1922–1993), il fut enfant unique, au grand dam de ses parents, qui divorcèrent en 1951 : le jeune Rainer a alors six ans. Sa mère se remarie en 1959 avec le journaliste Wolff Eder.

Il s’intéressa très jeune au cinéma, dévorant films sur films. Pourtant il n’accomplira pas son vœu, faire une école de cinéma, et sortira d’une école Steiner sans obtenir le baccalauréat. Il vécut de divers métiers et fut notamment journaliste au Süddeutsche Zeitung.

Il réalisa en 1965, un premier court métrage (This Night) qui semble avoir été perdu. En 1966, il réalise Le Clochard, un hommage au film d’Éric Rohmer, Le Signe du lion ; puis il finit par collaborer avec des troupes de théâtre expérimental. Après une expérience infructueuse, il fonde sa troupe : l’Antiteater, pour laquelle il écrit la majorité de ses pièces de théâtre de 1968 à 1971. Hanna Schygulla, qui allait plus tard s’illustrer dans ses plus grands succès au grand écran, travaillait déjà avec lui. Il joue dans Le Fiancé, la Comédienne et le Maquereau des Straub en 1968, auxquels il rendra hommage dans son premier long-métrage en 1969.

Influencé par les mélodrames de Douglas Sirk — auteur qu’il rencontre en 1979 —, dans une moindre mesure par Jean-Luc Godard, ainsi que par les films policiers des grands réalisateurs hollywoodiens tels John Huston, Raoul Walsh ou encore Howard Hawks, il entreprend son premier projet cinématographique avec sa troupe.

Ainsi, naissent en 1969, L’amour est plus froid que la mort (Liebe ist kälter als der Tod) et Le Bouc (Katzelmacher). Il ne distingue pas les techniques théâtrales de celles du septième art ; de fait, entre 1969 et 1971, il accouche de nombreuses pièces de théâtre tout en produisant en un temps record des films alternatifs. La vie et le travail de la troupe ne faisaient qu’un, ce qui explique pour partie la fécondité de Fassbinder qui, en l’espace de treize ans, réalisa quarante films.

Il écrit et met en scène des pièces de théâtre (Preparadise Sorry Now, etc.) jusqu’en 1976 où sa pièce Les Ordures, la Ville et la Mort, injustement accusée d’antisémitisme, fut adaptée au cinéma par Daniel Schmid dans L’Ombre des anges (Schatten der Engel).

Bien que marié à Ingrid Caven de 1970 à 1972 (à qui il écrivit plusieurs chansons : Alles aus Leder, Freitag im Hotel, Nietzsche, Die Straßen stinken), il est bisexuel. Il fait tourner ses amants successifs, Günther Kauffmann, El Hedi ben Salem et Armin Meier, dans de nombreux films. Il rendit hommage à ce dernier — qui s’était suicidé — dans L’Année des treize lunes et à El Hedi ben Salem — qui s’était suicidé en prison quelques semaines avant sa propre mort — dans Querelle. De 1978 à 1982, il vécut avec Juliane Lorenz, depuis présidente de la fondation Fassbinder. Fassbinder fit aussi participer sa mère, Liselotte Eder (Lilo Pempeit) à dix-sept de ses films, en lui confiant de petits rôles.

À partir de 1972 ses films évoluent : ils deviennent plus professionnels et étoffés. Il est désormais acclamé par la critique aux festivals de Berlin successifs mais ignoré par les jurys d’alors. D’ailleurs c’est seulement en 1982 avec son avant dernier film, Le Secret de Veronika Voss (Die Sehnsucht der Veronika Voss) qu’il reçoit l’Ours d’or.

Dans les années 1970, il crée des personnages féminins qui comptent parmi les plus fascinants du cinéma d’après-guerre et dont les films éponymes sont passés à la postérité : Maria Braun et Lili Marleen toutes deux incarnées par Hanna Schygulla mais aussi Lola jouée par Barbara Sukowa.

En 1980, il écrit pour la télévision la série d’envergure Berlin Alexanderplatz d’après Alfred Döblin, découpée en une introduction, douze épisodes et un épilogue, la série s’invitera plus tard dans les salles obscures en projection marathon d’une durée de plus de quinze heures.

Fassbinder travaillait sans relâche à un rythme effréné. Il mourut à Munich le 10 juin 1982, d’une rupture d’anévrisme (certains affirment que son décès est consécutif à un mélange de cocaïne et de benzodiazépine et qu’il s’est peut-être suicidé) à seulement trente-sept ans, alors qu’il travaillait au montage de son dernier film Querelle adapté d’un roman de Jean Genet (1946), et qu’il préparait un film sur Rosa Luxembourg, finalement réalisé en 1987 par Margarethe von Trotta.

Il est enterré au cimetière de Bogenhausen, à Munich.

Filmographie

Liebe ist Kâlter ais der Tod (1969), Katzelmacher (1969), Giitter der fest (1969), Warum lâuft Herr R. Amok ? (1969), Rio das Mortes (1970), Whity (1970), Nicklauhauser Fahrt (1970), Die Amerikanische Soldat (1970), Warnung vor einer heiligen Nutte (1970), Pioniere in Ingolstadt (1970), Hândler der vier Jahreszeiten (1971), Die bitteren Trânen der Petra von Kant (Les larmes amères de Petra von Kant, 1972), Wildwechsel (1972), Acht Stunden sind kein Tag (1972), Angst essen Seele auf (Tous les autres s’appellent Ali, 1973)