Un Hamlet de moins

Carmelo Bene

35 mm. Couleurs. 1 h 30. 1973. V.O.S.T.F. Inédit

Titre original Un Amleto di meno Scénario, Montage Carmelo Bene. Sujet tiré de Hamlet ou les suites de la piété filiale de Jules Laforgue. Images Maurizio Contini. Musique Carmelo Bene. Production Annamaria Papi pour Donatello Cinematografica Interprétation

Lydia Mancinelli (Kate), Carmelo Bene (Amleto), Alfiero Vincenti (Claudio), Franco Leo (Orazio), Pippo Tuminelli (Polonio), Sergio di Giulio (William), Isabella Russo (Ofélia), Luciana Cante (Gertrude), Luigi Mezzanotte

Hamlet, prétexte à faire un film, c’est-à-dire à défaire tout « l’autre cinéma » (entendez : celui de tous les autres). Bene dit : « Je fais un film comme un musicien écrit sa musique. Le film existe en lui-même, par lui-même. Ce qui m’intéresse, c’est de montrer l’esprit de Shakespeare. Je veux montrer l’impossible, les gestes mathématiquement injouables, l’abstraction des mots ». De fait, beaucoup plus que par l’idée de vengeance, le Prince pâle est ici tenaillé par celle du succès qu’il escompte à Paris pour la pièce qu’il a écrite. Cependant que Polonius, pédant ancêtre de Freud, récite à la Reine le complexe d’CEdipe, de toutes parts et sans fin, on fait les bagages. Ophélie, les seins nus, lunettes sur le nez et cornette sur le crâne, apprend laborieusement son texte. Après sa mort, alors que les préparatifs de départ s’accélèrent, survient Laerte, gauchiste parisien surexcité, qui rejoint dans sa fuite Hamlet et le poignarde sur la tombe d’Ophélie. Hamlet avait eu le temps d’étriper ce casse-pieds de Polonius tout en caressant les seins nus de ces dames en cornette, et de faire lire par l’ami Horatius le célèbre monologue : « … Être ou ne pas être… » Bof ! La vraie question est « en avoir ou pas ». Après Don Juan ou Salomé, ce film, nouvelle mise en pièces d’un « grand texte de notre héritage culturel », fait éclater toute ligne narrative, toute continuité dramatique, toute figuration logique, toute unité rythmique. Carmelo Bene casse tout, pour reconstruire à sa façon (celle du délire lyrique) un cinéma de rupture, un cinéma en liberté. Il faus savoir renoncer aux habitudes que la tradition spectaculaire a créées en nous, pour s’abandonner au plaisir de la sensation pure que Bene suscite et dont il joue en artificier raffiné, saltimbanque exxibitionniste et bouffon provocateur.