Taxi Zum Klo

Frank Ripploh

Allemagne — 35 mm — couleurs — 92 mn — 1980 — inédit en France

Scénario Frank Ripploh. Images Horts Schier. Musique Hans Wittstadt (« Flying Gay »). Montage Gela-Marina Runne, Mathias von Guten. Production F. Ripploh, Horst Schier, Laurens Straub. Distribution Exportfilm Bischoff, Munich. Festival de Hof (R.F.A. – 1980) Interprétation

Frank Ripploh, Berno Broaserup, Gitte Lederer, Hans-Gerd Mertens, Irmgard Lademacher, Beake Springer, Ulla Topf, Franco Papadou, Hans-Jürgen Müller, Tobea Blumenschein, Magdalena Montezuma

Pour Frank, l’instituteur, ce n’est pas simple de séparer vie privée et vie professionnelle ; les collègues chuchotent entre eux à propos des hommes qui lui rendent visite, il corrige parfois ses dictées aux réunions d’homos et quand après la longue nuit du bal des « tantes » il arrive déguisé à l’école, les enfants sont ravis mais il est temps pour lui d’en finir avec le métier d’instituteur. Cette nuit-là, il perd aussi l’amour de Bernd qui rêve de vivre à la campagne et ne veut qu’être aux petits soins pour son ami et lui offrir la protection dont il a besoin pour pouvoir courir l’aventure avec des jeunes vêtus de cuir et des garçons d’écurie, dans les toilettes et les parcs enneigés. Bernd ne supporte pas que son ami traîne ainsi, il souhaite une relation stable, empreinte de régularité et de fidélité ; Frank, lui, veut connaître une sexualité sans liens et s’exposer aux dangers et brutalités érotiques ; c’est un « pervers » sans mauvaise conscience. Frank Ripploh, le cinéaste, utilisant la biographie de Frank Ripploh l’instituteur, a réalisé un film de professionnel étonnant avec un petit buget de moins de 100 000 DM. Avec une impasse sûre et un montage parfait, il raconte son histoire dont la chronologie est interrompue de fantasmes érotiques, d’images télévisées, de réflexions au cours de trajets en voiture dans le Berlin nocturne et d’extraits de très vieux films pornos introduits par des associations d’idées ; la visite de son élève est montée en parallèle avec le flirt entre Bernd et un travesti un peu bourgeois et aussi avec le film éducatif anti-homosexuel « Peter et son ami collectionneur de timbres ». Les trois intrigues se commentent réciproquement et ironisent sur le préjugé concernant les homosexuels séducteurs d’enfants. « Un taxi pour les toilettes » est tout à fait passionnant quand Ripploh, dans des scènes très directes, montre la sexualité masculine, une sexualité qui recèlent des moments de volupté mais aussi d’aliénation. Ces rencontres semblent, malgré le jeu dominant-dominé et contrairement aux relations hétérosexuelles, pouvoir réaliser l’égalité des droits, les deux partenaires pouvant satisfaire leurs besoins sexuels. Cette liberté a aussi ses failles ; Bernd a d’autres aspirations ; pour lui, sécurité et tendresse sont inconciliables avec des aventures fugitives.