Baby Boy Frankie

Allen Baron

États-Unis — 1961 — 1h27 — 35mm — noir et blanc

Titre original Blast of Silence Scénario Allen Baron, Mel Davenport Image Merrill S. Brody Musique Meyer Kupferman, Dean Sheldon Montage Merrill S. Brody, Peggy Lawson Décors Charles Rosen Voix off Lionel Stander Production Merrill S. Brody Interprétation Allen Baron, Molly McCarthy, Larry Tucker, Peter Clume, Danny Mechan, Dean Sheldon, Charles Creasap Source Ciné Classic

Retiré des affaires depuis quelques temps, Frankie Bono, tueur à gages, revient à New York pour un dernier contrat : l’assassinat d’un gangster. Lors de la traque, alors qu’il s’emploie à éviter tout contact avec sa future victime, il est reconnu par un de ses anciens amis de l’orphelinat dans lequel ils ont été élevés…

« Ce film est un cauchemar. C’est comme un mauvais rêve où tout fait sens mais où rien ne concorde, pure schizophrénie en noir et blanc, où le narrateur, en voix off, se parle incessamment, se conseille, se regarde, se juge, voire se confesse, comme s’il savait tout à l’avance sans pouvoir infléchir le cours grisâtre du temps et du destin. Le réalisateur/acteur se saoule de paroles, se tutoie, mais ne s’écoute pas, se voit mais ne se sait pas observé, se force à rompre sa solitude mais se laisse seul. Autour de lui, un monde glacial. C’est l’hiver. Un monde en jour et nuit, vide de richesse et plein de pauvreté, bonheur et malheur dont la réalité est en permanence infléchie par une musique omniprésente et, à force, menaçante. Car, à l’instar de la paranoïa naissante, le silence intérieur n’existe plus. Si le film démarre par un accouchement, une naissance, c’est aussi celle du Christ, puisqu’on est le jour de Noël. L’apparition au monde d’un homme qui serait le fils de l’homme donne à la voix off une qualité supplémentaire : c’est celle du Dieu qui se parle et ne s’écoute pas. La religion, le sens du péché et de la perdition sont partout. La ville (même le héros s’affuble du nom de Cleveland), Thèbes dont œdipe est exclu, c’est le Purgatoire, Babylone, Sodome ou Gomorrhe, première bolge de l’Enfer. À la fin du récit, l’homme, né de la boue, retombe, glacé, dans la fange. Dieu est donc mort, définitivement. Parce qu’il était seul, immensément seul. « L’enfer, c’est les autres… » Peut-être celui des blacklistés, condamnés à un bruyant silence (Lionel Stander, qui crache la voix off, n’est même pas crédité au générique). »

Jean-Bernard Pouy