La Tendre Ennemie

Max Ophuls

35 mm — N et B — 69 mn — 1936

Scénario Curt Alexander, André-Paul Antoine et Max Ophuls, d’après la pièce d’André-Paul Antoine L’Ennemie Images Eugen Schufftan Son Antoine Archimbaud Musique Albert Wolff Décors Jacques Gotko Montage Pierre de Hérain Production Eden-Productions Sortie Paris 12 novembre 1936 Interprétation

Simone Berriau (Annelle Dupont), Catherine Fonteney (sa mère), Georges Vitray (son mari), Marc Valbel (son amant), Jacqueline Daix (Line), Maurice Devienne (le fiancé de sa fille), Lucien Nat (le marin)

L’action se déroule entre 1890 et les années vingt et met aux prises sept personnages : une femme, Annette Dupont ; son mari, son amant, le fiancé romantique qu’elle a plaqué autrefois, et qui finissent tous trois par la considérer, avec le recul du temps, comme l’ennemie commune ; un docteur confident (rôle assez bref et sans nécessité, estompé dans le film) ; enfin deux « moins de vingt ans » : la fille de la dame et son amoureux. Les trois « victimes » masculines se rencontrent dans l’au-delà et se révèlent mutuellement les péripéties de leurs liaisons terrestres. Se greffant sur ce « dialogue des morts » insolite, et point trop encombré de mots d’auteur, un tourbillon de fumée très faustien enveloppant le tout, une deuxième aventure se déroule parmi les vivants : la belle audacieuse qui a berné (et enterré) son mari et ses deux amants, s’apprête, lorsque le film com-mence, à marier, bourgeoisement, sa fille. Celle-ci va-t-elle subir le même sort tristement (ou délicieusement, selon les goûts) conjugal, avec ses à-côtés, que sa mère ? C’est là que les trois ombres, d’un commun accord, décident d’intervenir. Elles vont infléchir la destinée dans un sens résolument révolutionnaire : l’amour l’emportera sur la raison. Plaquant là les invités ahuris de sa propre noce, la jeune fiancée, se refusant à être « ven-due », tout comme l’une des précédentes héroïnes d’Ophuls, parviendra à s’enfuir avec son amoureux sincère (et peu fortuné), échappant du même coup à un milieu frelaté où le bonheur se définit, explicitement, par de vaines promesses qui sont autant de pieux mensonges.