Une journée Javier Bardem

Acteur, Espagne

Si Javier Bardem n’est pas le premier acteur à prendre plaisir à casser son image, peut-être faut-il rappeler, pour apprécier pleinement son talent transformiste, l’image d’origine qu’il fallait abimer : un parangon de virilité ibérique, irréfutable et sensuel. Le matamore qui en a dans le slip, et à qui la jeune Penélope Cruz ne peut s’empêcher de succomber dans Jambon, jambon de Bigas Luna, le film à l’origine de leur révélation mutuelle en bombes latines magnétisées irrésistiblement l’une par l’autre. C’est cette image d’homme majuscule qu’il faut avoir en tête, quand on le retrouve dix ans plus tard en équivalent galicien de Jean-Pierre Bacri, dégarni et amer, dans Les Lundis au soleil de Fernando León de Aranoa, puis en tétraplégique désireux d’en finir dans Mar adentro de Alejandro Amenábar, et bien sûr en machine à tuer dans No Country for Old Men des frères Coen. Même ses récentes déclarations cannoises [mai 2026] sur la masculinité toxique s’expliquent par cette première image d’homme désirable à mourir, d’une virilité qui ne peut conduire qu’à des défis de garçons et des drames bêtes, comme c’est le cas dans Jambon, jambon. Car Javier Bardem n’a jamais dépeint qu’une seule et même chose depuis ce premier rôle très flatteur où il fut l’équivalent de Pénélope Cruz : du masculin sans complaisance, comme s’il cherchait à compléter ce portrait d’homme fort qui lui colle à la peau, de toutes les faiblesses qu’il redoute. » Adrien Dénouette

 

« Un idéal de la virilité, une incarnation de la passion, un héros plus grand que la vie ! [Ces mots sont] sur toutes les lèvres, depuis que le comédien espagnol Javier Bardem a fait son apparition dans le paysage cinématographique. Nous sommes en 1992 et il est la révélation de Jambon, jambon. Dans ce premier grand rôle, Javier Bardem dégage une ahurissante force animale de macho primaire. […] Nez cassé, regard brasier, épaules de lutteur, Bardem va devenir le nouveau mètre étalon d’une Amérique en mal de mâles. Reste à étoffer le personnage, à passer du statut de bomba latina à celui d’obscur objet du désir, puis d’icône christique. […] En seize ans, Javier Bardem a accompli sa mue : intériorité exacerbée, humanité confondante, aisance stupéfiante à porter les sentiments au-delà des passions ordinaires, il a acquis cette beauté vraie qui se contemple au fond des yeux bien mieux qu’à fleur de peau. […] Sous ses paupières lourdes, la lumière perce. […] Bardem joue avec ses émotions autant qu’avec sa chair, pratique le transformisme physique et mental […] ou se ronge de l’intérieur. Ce qui [lui] importe avant tout, dans le changement d’identité, c’est l’idée de pouvoir appréhender le monde avec un autre regard. » Christine Deymard, Marie Claire, 2008

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