No Good Men de Shahrbanoo Sadat est sans conteste l’une des révélations du Festival La Rochelle Cinéma 2026
No Good Men de Shahrbanoo Sadat est sans conteste l’une des révélations du Festival La Rochelle Cinéma 2026. À travers le parcours d’une journaliste vivant à Kaboul, la cinéaste afghane livre une œuvre d’une remarquable intelligence qui dépasse largement le simple constat politique pour interroger les mécanismes profonds du patriarcat.
Écrit avant le retour des talibans au pouvoir, le film prend aujourd’hui une résonance particulière. Contrairement à une vision souvent répandue en Occident, la réalisatrice rappelle que les difficultés des femmes afghanes ne sont pas nées avec les talibans. Son héroïne appartient pourtant à la partie la plus privilégiée de la société : indépendante, active, journaliste, vivant au cœur de Kaboul. Malgré cette apparente liberté, elle demeure soumise à un système où les rapports de domination masculine s’exercent dans les gestes les plus ordinaires de la vie quotidienne.
Toute la force de No Good Men réside dans cette démonstration subtile. Plutôt que de dénoncer frontalement un régime, Shahrbanoo Sadat filme les mécanismes invisibles d’une société patriarcale : un regard, une autorisation à demander, une présence masculine indispensable pour voyager, autant de situations qui traduisent une domination profondément ancrée dans les mentalités.
Le scénario impressionne par sa richesse. À la fois chronique sociale, histoire d’amour, thriller et portrait de femme, le film navigue constamment entre plusieurs registres sans jamais perdre de vue son sujet. La réalisatrice explique d’ailleurs qu’il lui a fallu trois années d’écriture et treize versions du scénario pour comprendre que son véritable sujet était le patriarcat lui-même.
La mise en scène est tout aussi remarquable. Faute de pouvoir tourner en Afghanistan, le film a été entièrement réalisé en Allemagne. Grâce à un travail minutieux sur les décors, le son, les archives et la photographie, Kaboul renaît à l’écran avec une crédibilité saisissante. Cette contrainte devient un véritable parti pris esthétique.
L’histoire de la production est elle aussi exceptionnelle. Les scènes d’intimité, inédites dans un film afghan, ont rendu le casting presque impossible. Après le désistement de l’actrice principale quelques semaines avant le tournage, Shahrbanoo Sadat décide d’interpréter elle-même son personnage. Ce choix, loin de toute démarche narcissique, apparaît comme un acte de résistance artistique : refuser l’autocensure pour rester fidèle à son projet.
Le film doit également beaucoup à son ancrage documentaire. Ancienne journaliste de télévision, la réalisatrice nourrit son récit de son expérience personnelle et de nombreux témoignages recueillis en Afghanistan. Cette proximité avec le réel confère au film une authenticité rare, sans jamais sacrifier les exigences de la fiction.
Au-delà de la situation afghane, No Good Men parle de toutes les sociétés où les rapports de pouvoir façonnent les destins individuels. Sans caricature ni manichéisme, Shahrbanoo Sadat rappelle d’ailleurs que son film n’est pas dirigé contre les hommes, mais contre un système de domination dont certains hommes sont eux-mêmes les premiers opposants.
Œuvre profondément personnelle, portée par une écriture d’une grande maturité et une mise en scène d’une remarquable maîtrise, No Good Men s’impose comme un film nécessaire. Il témoigne avec force de la condition des femmes afghanes, tout en proposant une réflexion universelle sur la liberté, l’émancipation et le poids des traditions. Une découverte majeure de cette édition 2026 du Festival La Rochelle Cinéma.
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Micro-critique de VALADE Christian
postée le 03.07.2026
No Good Men de Shahrbanoo Sadat est sans conteste l’une des révélations du Festival La Rochelle Cinéma 2026
No Good Men de Shahrbanoo Sadat est sans conteste l’une des révélations du Festival La Rochelle Cinéma 2026. À travers le parcours d’une journaliste vivant à Kaboul, la cinéaste afghane livre une œuvre d’une remarquable intelligence qui dépasse largement le simple constat politique pour interroger les mécanismes profonds du patriarcat.
Écrit avant le retour des talibans au pouvoir, le film prend aujourd’hui une résonance particulière. Contrairement à une vision souvent répandue en Occident, la réalisatrice rappelle que les difficultés des femmes afghanes ne sont pas nées avec les talibans. Son héroïne appartient pourtant à la partie la plus privilégiée de la société : indépendante, active, journaliste, vivant au cœur de Kaboul. Malgré cette apparente liberté, elle demeure soumise à un système où les rapports de domination masculine s’exercent dans les gestes les plus ordinaires de la vie quotidienne.
Toute la force de No Good Men réside dans cette démonstration subtile. Plutôt que de dénoncer frontalement un régime, Shahrbanoo Sadat filme les mécanismes invisibles d’une société patriarcale : un regard, une autorisation à demander, une présence masculine indispensable pour voyager, autant de situations qui traduisent une domination profondément ancrée dans les mentalités.
Le scénario impressionne par sa richesse. À la fois chronique sociale, histoire d’amour, thriller et portrait de femme, le film navigue constamment entre plusieurs registres sans jamais perdre de vue son sujet. La réalisatrice explique d’ailleurs qu’il lui a fallu trois années d’écriture et treize versions du scénario pour comprendre que son véritable sujet était le patriarcat lui-même.
La mise en scène est tout aussi remarquable. Faute de pouvoir tourner en Afghanistan, le film a été entièrement réalisé en Allemagne. Grâce à un travail minutieux sur les décors, le son, les archives et la photographie, Kaboul renaît à l’écran avec une crédibilité saisissante. Cette contrainte devient un véritable parti pris esthétique.
L’histoire de la production est elle aussi exceptionnelle. Les scènes d’intimité, inédites dans un film afghan, ont rendu le casting presque impossible. Après le désistement de l’actrice principale quelques semaines avant le tournage, Shahrbanoo Sadat décide d’interpréter elle-même son personnage. Ce choix, loin de toute démarche narcissique, apparaît comme un acte de résistance artistique : refuser l’autocensure pour rester fidèle à son projet.
Le film doit également beaucoup à son ancrage documentaire. Ancienne journaliste de télévision, la réalisatrice nourrit son récit de son expérience personnelle et de nombreux témoignages recueillis en Afghanistan. Cette proximité avec le réel confère au film une authenticité rare, sans jamais sacrifier les exigences de la fiction.
Au-delà de la situation afghane, No Good Men parle de toutes les sociétés où les rapports de pouvoir façonnent les destins individuels. Sans caricature ni manichéisme, Shahrbanoo Sadat rappelle d’ailleurs que son film n’est pas dirigé contre les hommes, mais contre un système de domination dont certains hommes sont eux-mêmes les premiers opposants.
Œuvre profondément personnelle, portée par une écriture d’une grande maturité et une mise en scène d’une remarquable maîtrise, No Good Men s’impose comme un film nécessaire. Il témoigne avec force de la condition des femmes afghanes, tout en proposant une réflexion universelle sur la liberté, l’émancipation et le poids des traditions. Une découverte majeure de cette édition 2026 du Festival La Rochelle Cinéma.