Autour du montage

Dans la mesure où le montage de films tient lieu de jeu d’enfant tout comme de tour de magie, avec Matteo La Capria – réalisateur d’un film que nous sommes en train de produire avec mon ami Éric, et qui sera le troisième film sur un tournage de cinéma que je monterai – nous allons sortir quelques lapins du chapeau. Lui, jeune cinéphage, et moi vieux singe du métier, avons choisi de concert, parmi les films que j’ai eu l’heur de monter, divers extraits pour aborder les questions que le montage doit résoudre, et de quelles façons il les affronte, ou devant lesquelles il arrive qu’il se retrouve perdu.

La difficulté de ce poste est que tu n’es qu’un artisan au service d’un artiste (parfois c’est le contraire), que tu te dois d’être caméléon et que tu n’es donc pas libre. Alors dois-tu rester le serviteur soumis d’un fabricant parfois crispé sur ses attendus ou bien dois-tu monter chaque nuit un contre-film, assez convaincant pour se passer d‘explication ? Désespoir : nombreux sont ceux qui te disent qu’au montage on ne fait que des coupes de scénario, puisqu’à cet ultime moment de création, il ne s’agit plus de la même matière et qu’on ne peut plus la traiter mathématiquement – le cinéma n’étant pas une science exacte. Espoir : plus rares sont les libres aventuriers qui acceptent d’user du ciseau et du marteau pour laisser tomber le vouloir dire au profit du faire vivre, sans compter l’humour qui se glisse dans cette lumière salvatrice.

Dans la pratique, travailler sous de raides injonctions empêche l’invention de formes osées et cela peut empêcher le film de se surpasser.

La première source du film a été le scénario. Mais, après l’étape de la mutation de ces pages en corps et en voix d’acteurs, au cours des recherches parfois hasardeuses de cette dernière chance de sublimation, le montage, qui est l’architecture terminale, comment élever le projet écrit, devenu en partie caduque confronté à l’incarnation du tournage ? Comment mettre son grain de sel dans l’œuvre qui doit sourdre de ces kilomètres de pellicule (aujourd’hui ces milliers de kilomètres de numérique), comment sculpter au mieux la matière filmée des malléables rushes ?

C’est ce que nous allons tenter de voir cette année, Matteo et moi, avec le demi-siècle qui nous sépare et nous rapproche, en passant par nos cinéastes aimés, de François Truffaut à Jean-François Stévenin, de Cédric Kahn à l’auteur de ces lignes, et de Maïwenn à Maurice Pialat. Yann Dedet