Le Saut

Kazimierz Kutz

35 mm — N. et B. — 90 mn — 1968

Titre original Skok Scénario Edmund Gluchowski, Kazimierz Kutz. Images Krzysztof Winiewicz. Musique Adam Slawinski. Production Unité de Production KADR Interprétation

Marian Opania (Pawel), Daniel Olbrychski (Franck), Malgorzata Braunek (Teresa), Andrzej Gazdeczka (Filip), Teresa Lipowska, Witold Dederko, Gogdan Bayer

« On prépare un saut » ou encore « on franchit le saut » signifie dans le jargon polonais du milieu préparer un coup ou l’accomplir. Et c’est bien cette signification que ce mot possède dans le film de Kazimierz Kutz. De quel « saut » s’agit-t-il ? Du premier, réalisé par des amateurs et décidé sans se rendre pleinement compte qu’il s’agit en réalité d’un délit. Et voici les personnages de l’histoire du « saut » à la veille de le franchir : deux jeunes gens – François et Paul – qui ont échoué aux épreuves du bac, sont étendus sur une plage au bord de la mer, le regard fixé à l’horizon, sur les bateaux qui passent au loin, en train de rêver à de beaux voyages et à de lointaines aventures. Après leur échec, ils ont décidé de fuir – solution toujours la plus facile. Comment ont-ils fait pour parvenir de Varsovie jusqu’au littoral ? Leurs poches sont vides, mais leur esprit est peuplé de rêves et d’espoirs : le monde n’est-il pas à conquérir, comme le promettent tant de livres et de films ? Ils font connaissance sur la plage avec un homme qui a besoin de jeunes gens désoeuvrés comme eux, et peut-être prêts à tout pour rapidement conquérir le monde. L’homme leur propose une somme importante en échange de leur aide dans « le saut » qu’il envisage de faire. Désormais, c’est lui qui décidera de ce que les deux garçons auront à faire. Le senti-ment d’entière liberté, mais aussi de solitude et de désemparement, aura donc été de brève durée. Les deux garçons acceptent la proposi-tion de l’homme, ils savent enfin ce qu’ils auront à faire dans le plus proche avenir. Ils se font employer dans une grande exploitation agricole d’État, où il y a de l’argent à voler. Mais il faut d’abord qu’ils y gagnent la confiance du personnel, une bonne réputation et qu’ils s’y fassent un alibi. Mais les plans si bien établis par l’inconnu de la plage ne pouvaient pas tout prévoir. Comment auraient-ils pu prévoir que les deux jeunes ns finiraient par aimer leur travail, leur premier travail – dans une exploitation agricole moderne, accueillante tant pour les habitants de la région que pour ceux qui, comme Paul et François, sont à la recherche d’aventures, mais aussi espèrent qu’une chance leur sera fournie de commencer une nouvelle vie après un premier échec. L’inconnu, un homme déjà dépravé et n’admettant plus les valeurs humaines, ne pouvait pas non plus prévoir les complications que feraient surgir deux jeunes filles et l’amour, le premier amour. On pourrait également définir « Le Saut » comme un film sur l’amitié juvénile que les premières expériences d’adultes finissent par briser. En effet, Paul et François ne voient plus les mêmes choses de la même manière, les événements dictent à chacun d’eux d’autres conclusions et, à un certain moment, chacun se met à agir « à son propre compte ». Chacun d’eux franchit différemment son « saut » dans l’âge adulte.