Les Premiers Pas

Jutta Brückner

Allemagne — 16 mm — couleurs — 91 mn — 1980

Titre original Laufen Lernen Scénario Uta Berlet. Images Heiner Stegelmann, Hille Sagel. Décors Christian Bussmann, Claus Kottman. Montage Jutta M. Brandstaedter. Production Eikon, Munich. Festivals de Rotterdam (1981), Berlin (1981), Seaux (1981) Interprétation

Sylvia Ulrich (Reni Wirth), Eberhard Feik (Walther Wirth), Britta Pohland (Julia Wirth), Antje Papist (Anne Wirth), Rita Rischak (Karin), Hans-Dieter Knebel (Max)

« En 1980, Reni Wirt, âgée de presque 40 ans, jusqu’alors femme au foyer et mère de deux enfants, ne veut plus continuer à vivre comme elle l’a fait jusqu’à maintenant et entreprend une démarche timide vers ce qu’elle pense être la liberté. C’est bien sûr un fiasco, on n’efface pas aussi vite 17 ans d’habitudes de vie. Elle fait une seconde tentative, plus posément et sur la pointe des pieds, mais le succès n’est pas évident non plus. A la fin du film, on a l’impression que ses efforts vont se répéter longtemps, comme ça, sans plus de résultats, peut-être bien jusqu’à sa mort. Cette histoire est aussi frustrante que les rapports le sont, et pas seulement parce qu’elle est le reflet de ces rapports. Le progrès par rapport à 1968 où ces questions furent discutées pour la première fois, c’est seulement une conscience accrûe : vu les circonstances, on ne peut qu’être malheureux. L’émancipation a donné entre temps matière à de nombreux films, nommés comédies, mais qui laissent le plus souvent de côté l’amertume des femmes luttant pour leur émancipation. La pesanteur matérielle se dissout en énergie, en volonté et dans le bonheur des femmes capables, du moins de celles qui sont sympathiques. Ces femmes sont toujours les mêmes « être féminins » charmants d’inconséquence, que nous connaissons depuis les origines du cinéma. La seule différence, c’est que ces films arrivent sur le marché comme « films de femmes ». En comparaison, Reni Wirth est frustrée ; le film n’essaie pas de le cacher, bien au contraire. Quand Reni saura marcher et qu’elle aura compris que « l’émancipation » ce n’est pas l’addition de soucis professionnels et amoureux, de soucis d’argent et de logement, que ce n’est pas fait de morceaux mais que c’est plutôt un noeud gordien comportant tous ces éléments et encore quelques autres, elle sera certainement encore plus frustrée qu’avant. Et nous devons absolument présenter la frustration en tant que telle et non pas comme un plaisir, aussi longtemps qu’on ne nous force pas à pratiquer la « UFA-Politik » (censure sous le Ille Reich). Le film s’obstine à être réaliste bien qu’il soit difficile de définir ce que l’on entend par là. La télévision, qui avait commandé le film, a en tout cas, une définition différente de celle des cinéastes. Elle trouvait que la forme n’était pas réaliste ( = naturaliste) et que le contenu, par contre, l’était trop, au moins dans la scène où le mari dédaigné, furieux et vexé, se masturbe ; cela fut censuré, comme « psychologiquement non crédible », non seulement pour la télévision mais aussi pour toutes les copies du film. » (Jutta Brückner)