Pour cette nuit

Carlo Di Carlo

Italie — 35 mm, couleurs (Eastmancolor), 1 h. 42, 1976, inédit, V.O.S.T.F.

Titre original Per questa notte Scénario Lucile Laks et Carlo Di Carlo (d’après le roman de Juan Carlos Onetti) Images Luciano Tovoli Musique Piero Piccioni Montage Roberto Perpignani Production Ugo De Lucia pour Italnoleggio Cinematografico Interprétation

Adalberto Maria Merli, Paolo Bonacelli, Olga Karlatos, Eva Axen, Francesco Carnelutti, Sara Franchetti, Laura De Marchi, Massimo De Rossi

« Lorsque la révolution a échoué et que le mécanisme de la répression frappe déjà… lorsque la volonté cède et que les idées de justice fléchissent… L’espace d’une nuit, c’est l’histoire d’un homme qui, ne pouvant éviter la défaite, ne s’y résigne cependant pas. » Dans ce film nocturne et glacé, la caméra graphique de Carlo Di Carlo inscrit la violence faite aux hommes dans le travail plastique du film. Ce qui compte dans cette nuit de l’Histoire, ce n’est peut-être pas tellement le « thème du traitre et du héros », de la répression ou de la terreur, l’échec de la Révolution ou la foi dans la lutte ; mais plutôt ces lignes et ces lumières et ces bancs qu’au fil des images Carlo Di Carlo croise, à la manière d’un Mondrian schizophrène et qui tissent, sur fond de terrorisme Harper’s Bazaar, la stratégie du désespoir : toile d’araignée qui étouffe nos sociétés, « bête immonde » qui ronge notre réalité et qui s’appelle sans doute : perte du sens. A 39 ans, Carlo Di Carlo a à son actif une quarantaine de films (courts et moyens métrages) et une activité uniforme de professionnel du cinéma : animateur de cinéclub et critique, essayiste et fondateur de revues dans sa ville natale de Bologne, il est aussi l’auteur de nombreux documentaires de caractère socio-politique. Collaborateur assidu, ami et émule d’Antonioni depuis 1964, il doit cependant s’expatrier pour pouvoir passer à la fiction : de 70 à 76, Carlo Di Car-lo est un « cinéaste-émigré » en Allemagne où la 2e chaîne de TV lui offre la possibilité de « se servir de la télévision pour faire du cinéma ». Les cinq moyens-métrages réalisés pour Z.D.F. ont en commun le thème de la fuite et de la poursuite (c’est successivement : La fuite et l’assassinat de Ludwig L., Fuite en avant, La poursuite, L’aventure d’un lecteur et Un homme de 9 à 5), dans une couleur d’absurde à la Beckett. Uu système infaillible ne fait, en 1975, qu’intérioriser ce thème, en poussant plus loin encore l’expérimentation sur le langage. Le premier long-métrage que l’Italie permet à C. Di Carlo de réaliser en 1976, Pour cette nuit, ne dément pas l’obsession de l’enfermement et du piège, et confirme la rigueur d’une oeuvre intransigeante et féconde.