Le Mouton enragé

Michel Deville

35 mm — couleurs — 105 mn — 1974

Scénario Christopher Frank Images Claude Lecomte Musique Saint-Saëns Montage Raymonde Guyot Son André Hervée Production Viaduc Productions (Paris) – Trac (Rome) Distribution en France Prodis Sortie à Paris mars 1974 Interprétation

Jean-Louis Trintignant (Nicolas), Romy Schneider (Roberte), Jean-Pierre Cassel (Fabre), Jane Birkin (Marie-Paule), Florinda Bolkan (Flora), Georges Wilson (Lourceuil), Henri Garcin (Berthoud), Michel Vitold (Groult), Mary Marquet (Mme Hermens), Dominique Constanza, Jean-François Balmer, Estella Blain, Betty Berr, Georges Beller

La Fontaine, déjà, le disait : la société se partage entre les habiles… et les autres. Les « lions » et les « moutons ». Pour quelle raison, sous quelle impulsion, Nicolas Mallet, un mouton comme les autres, petit employé de banque, pose-t-il, un beau jour, la main sur l’épaule d’une jeune fille, dans un square, pour l’informer que « la personne qu’elle attend n’existe pas » ? Nicolas ne le sais pas lui-même. Il a agi spontanément, brusquement convaincu, à l’encontre de ses habitudes les plus enracinées, que « c’était possible ». Une fois l’acte accompli, il constate qu’en effet le ciel ne lui est pas tombé sur la tête. Mieux : la jeune fille en question ne voit pas d’objection majeure à prendre un verre avec lui. Nicolas est encore loin de savoir que sa vie, son destin, sa conception même des choses, viennent de changer en une seconde. Nicolas ne le sait pas, mais son ami Fabre, lui, le sait. A peine Nicolas a-t-il rendu compte de sa rencontre qu’une lueur bizarre apparaît dans l’oeil de Fabre — et c’est à partir de cet instant que commence l’étrange ascension « téléguidée » de Nicolas Mallet. Car Fabre, le singulier, le fascinant Fabre, bien que mouton, sait admirablement comment doivent vivre les lions. Après une série d’exercices préparatoires, dont le premier consistera à démissionner, Nicolas, mouton de naissance, va peu à peu, Dieu et Fabre aidant, devenir lion, de perdant, devenir vainqueur. Partant à la découverte et conquête d’un monde nouveau pour lui, celui des affaires, de la presse, de la politique, il connaîtra partout d’éclatants succès — et les femmes, inévitablement, n’en seront pas absentes. Film optimiste, donc ? Il suffirait d’oser. Osez — et vous réussirez ! Le bonheur et la fortune à portée de la main ! Et pourtant… Nicolas, en effet, au sommet de sa réussite, saisira soudain, un autre beau jour, la vanité de sa vie. 11 comprendra, un peu tard, que tout cela, au fond, ne pèse pas grand-chose en regard de notions plus saines, plus pures, plus belles. L’amour d’une femme, par exemple. Et puis, avouons-le maintenant, il l’a parfois payée cher, Nicolas, sa réussite… Ce film est aussi l’histoire des plumes qu’il y a laissées.