Lecture par Aurore Clément

Vendredi 5 Juillet 15:30 Salle Bleue

« Chacun a sa vie. Surtout quand on est loin. Et même quand on est près. Mais quand on est près, ça se sent au téléphone et on peut se dire à bientôt, et parfois bientôt on se voit. On dit aussi à bientôt à ceux qui sont loin au téléphone, mais on sait qu’on ne se verra pas bientôt. Et parfois ceux qui sont loin, on ne les appelle pas. Ou presque jamais même quand c’est de la famille proche. » Chantal Akerman

Extraits d’Une famille à Bruxelles de Chantal Akerman.
Ce récit d’à peine 87 pages est le livre d’un deuil. À la mort de son mari, une femme se retrouve seule dans son appartement. Ses deux filles sont loin. L’aînée habite Paris, la cadette en Amérique du Sud avec enfants et mari. Le reste de la famille s’est dispersée, seul le téléphone maintient de fragiles liens, au gré des mariages et des enterrements. Inspirée par la mort de son père, Chantal Akerman évoque ce vide qui l’enserre et que rien ne peut combler, avec la délicatesse d’une fugue musicale, comme un bruissement de mémoires. Mais si le vide est celui de la disparition d’un père, il est aussi celui du « non-dit imprononçable de la Shoah et du mutisme des survivants ». Même enfouie au plus profond de la mémoire et systématiquement contournée, la blessure de cette famille juive reste ouverte, forcément inguérissable.
Une famille à Bruxelles, Chantal Akerman, collection « Des écrits pour la parole », Éd. L’Arche, 1998, réédition 2022

 

Aurore Clément, actrice dans les films de Chantal Akerman

  • Les Rendez-vous d’Anna (1978)
  • Toute une nuit (1982)
  • La Captive (2000)
  • Demain on déménage (2004)

 

« Chantal et moi avons vécu le déracinement. Physique bien sûr, mais pas seulement. […] Je parle d’un autre déracinement, d’un exil intérieur. C’est pour ça que c’était si évident entre Chantal et moi. Par contre, quand la caméra démarrait, l’amitié, c’était fini. On travaillait. Que du sérieux. Avant de retourner boire un coup, de manger, de rigoler. Parce que qu’est-ce qu’elle rigolait ! Chantal me disait tout le temps : “Pas de psychologie, Aurore, pas de psychologie.” D’où le faux premier degré de son cinéma. » Aurore Clément, TroisCouleurs, 26 janvier 2023